François
Mathieu

Dérouler le décor

Vu d’en-dessous, un ensemble de « cerfs-volants » de cuir cousu main; vu d’en-haut, un « mobile » de reliefs de terres agricoles comme une courtepointe aux tons de terre et d’ocre.

Coup de théâtre : le « quatrième mur », le mur invisible qui permet aux spectateurs d’« entrer » dans l’univers de la pièce vient de tomber. On peut voir les rouages de l’arrière-scène, les jeux de cordage, l’éclairage et les échafaudages. Dans une atmosphère presque brechtienne, on s’adresse à nous, on parle de nous.

Dérouler le décor, de l’artiste François Mathieu, permet d’entrer dans l’œuvre par les coulisses, par l’envers du décor. Dans le hall d’entrée du centre des arts Juliette Lassonde, une structure tubulaire d’aluminium rappelle à la fois l’armature d’un décor de scène et celle, légère, d’un cerf-volant qui invite à s’élever pour mieux voir. En montant sur la mezzanine, si l’on se prête aux codes du théâtre conventionnel, la vision panoramique d’un paysage s’offre à la vue, « un paysage schématisé », précise l’artiste.

Détail d’intégration de l’œuvre à l’architecture à noter : à la manière de l’architecte qui a créé un système d’ouverture pour l’éclairage, l’artiste a ajouré le plafond suspendu en forme de triangle afin de passer les câbles et de trouver un ancrage solide pour suspendre les éléments de son œuvre.

Deux structures du triptyque tendent des toiles de cuir, du « textile animal », qui épousent le relief imaginé des monts et vallées d’une terre agricole; une troisième, en forme de pyramide allongée, rappelle ce qui coiffe toutes églises dignes de ce nom, un clocher.

Dérouler le décor, c’est, pour l’artiste, un hommage à deux richesses de la région : le patrimoine religieux et l’agriculture. Une manière de dérouler le tapis rouge à l’arrière-scène de notre culture, de notre héritage spirituel et alimentaire, gages de notre survivance.

Né en 1961 St-Éphrem en Beauce, fils d’un père propriétaire d’une quincaillerie, François Mathieu était prédestiné de devenir une sorte de patenteux. Ses œuvres sont généralement intégrées artistiquement à l’architecture; c’est le cas d’une œuvre installée à la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke. Sa démarche pourrait être résumée comme étant la projection du désir humain de prolonger le corps et l’esprit au moyen d’objets servant au travail, au loisir et au culte. Dans cet éloge de l’humanité, François Mathieu nous entraîne dans des représentations qui portent à réfléchir sur le contrôle, la domination et l’obéissance.

Dérouler le décor, 2009


Aluminium, corde, cuir

n.d.


Intérieur

Selon les heures d’ouverture

Centre des arts Juliette-Lassonde

Christ-Roi

Collection de la Ville de Saint-Hyacinthe

s.o.