Gilbert
Poissant

Objets volants (L’insoutenable légèreté des choses)

Triptyque représentant des objets tridimensionnels bidimensionnalisés en céramique, comme l’ombre de ce qu’ils ont déjà été, sertis dans des feuilles de porcelaine.

Chercher, ou pas, mais trouver, prendre ou acquérir. Observer, manipuler, apprécier. Classer, déclasser, archiver. Collectionner. C’est généralement ici que le processus du collectionneur boucle la boucle et recommence. Mais l’artiste Gilbert Poissant, lui, y voit aussi l’occasion de dessiner, numériser, découper, et sertir les objets de sa collection.

Voilà une démarche qui peut paraître contre-intuitive pour un sculpteur : celle de déposséder un objet de sa tridimensionnalité. De l’aplatir. De la réduire à l’ombre d’elle-même. Poissant est un céramiste doublé d’une âme de poète. Les poètes détournent le langage de leur fonction première. Avec le « même », ils expriment l’« autre ». Il a donc choisi de se fabriquer un vocabulaire, un alphabet avec lequel il a produit quantité d’œuvres qui s’inscrivent comme les tomes d’une production littéraire.

La référence à l’écriture, à la littérature qui plus est, est manifeste déjà dans le titre de l’œuvre : Objets volants (L’insoutenable légèreté des choses). Certain·es se souviendront que c’est sur des « feuilles volantes » que l’on nous invitait à écrire à l’école. La porcelaine sur laquelle Poissant a couché quelques silhouettes des objets de son imposante collection est cette « feuille volante » dans laquelle il a serti son poème. Quant à l’oxymore « insoutenable légèreté », que l’on ait lu ou pas Kundera, on se souvient de l’expression après l’avoir lue ou entendue ne serait-ce qu’une fois, comme le « clair-obscur » en peinture ou l’« avancez en arrière » du chauffeur de bus.

On a ici un bel exemple d’« insertion » de l’art à l’architecture, un bel exemple de greffe : c’est-à-dire que l’œuvre a manifestement été sélectionnée et accrochée après coup à la nouvelle construction. Il n’y a probablement pas eu de processus de création symbiotique entre l’artiste et l’architecte. N’empêche, le triptyque de Poissant a judicieusement été choisi pour partager un espace où l’on acquiert, classe, archive et collectionne des « objets volants », ces livres qui font voyager.

Gilbert Poissant est né à Iberville en 1952. Céramiste de formation, il a élargi sa pratique à plusieurs autres matériaux tels la pierre, le verre, le bois, le papier et les procédés numériques. Sculptures, installations, murales et œuvres sur papier composent son œuvre. Reconnu pour sa contribution à l’art public, il est le créateur d’une quarantaine d’œuvres intégrées à l’architecture.

Plusieurs expositions individuelles jalonnent les 45 ans de carrière de Gilbert Poissant. En 2007, Gilbert Poissant a été invité à créer une œuvre permanente au FuLe International Ceramic Art Museums (FLICAM) à Fuping, en Chine et à participer, cette même année, au symposium international Barro de América au Venezuela en 2005. Il est régulièrement accueilli en résidence d’artiste au Canada et à l’étranger, notamment au Danemark en 2004 et aux États-Unis en 2013.

Ses œuvres font partie de plusieurs collections publiques et privées dont celles du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée d’art contemporain de Montréal et du Musée canadien de la céramique et du verre à Waterloo en Ontario.

Objets volants (L’insoutenable légèreté des choses), 2014


Porcelaine

300 x 920 x 5 cm (h x l x p du triptyque)


Intérieur

Selon les heures d’ouverture

Bibliothèque Ste-Rosalie

Sainte-Rosalie

Collection de la Ville

1% [IA-16-454]

Collection de la Ville de Saint-Hyacinthe