Comme d’autres villes du Québec, Saint-Hyacinthe a souhaité mettre en valeur l’art public qui se trouve sur son territoire. Pour ce faire, la municipalité a choisi de confier ce projet à EXPRESSION. Fondée en 1985, EXPRESSION, Centre d’exposition de Saint-Hyacinthe a pour mandat de préserver et de valoriser des œuvres d’art contemporain auprès des communautés maskoutaine, québécoise et canadienne, avec pour objectif d’établir un dialogue avec la population et les visiteur·euses.
Une œuvre d’art public est une œuvre intégrée à l’architecture et à l’environnement, destinée à embellir l’espace public et à y introduire des valeurs sensibles.
Il y a près de cinquante œuvres d’art public dans la ville de Saint-Hyacinthe. Et pour ce qui convient peut-être d’appeler la première phase du projet, le service des loisirs a demandé à EXPRESSION de dresser un catalogue de vingt-cinq de ces œuvres, dont quinze provenant de la collection de la Ville. Notre choix s’est naturellement porté vers des œuvres extérieures, accessibles à toute heure de la journée, beau temps, mauvais temps. Des œuvres exposées non seulement aux éléments, mais surtout au monde réel et au sens commun.
Les œuvres d’expositions montrées dans les institutions qui leur sont consacrées (les galeries, les musées) « vivent leur meilleure vie ». Présentées à un public averti, un public pris en charge par une personne spécialisée en médiation ou en éducation, elles ne courent pas, disons, le « risque » de la confrontation.
Mais qui dit « art public » ne dit pas seulement « art dans le public ». Ce serait une erreur que de résumer l’adjectif « public » au sens strict de son lieu d’exposition, à savoir : dans ou devant les espaces publics et gouvernementaux (établissements d’enseignement, parcs, bibliothèques, bureaux administratifs, etc.) Une œuvre d’art public est une œuvre intégrée à l’architecture et à l’environnement, destinée à embellir l’espace public et à y introduire des valeurs sensibles. Elle a donc une fonction esthétique, mais on peut aussi lui prêter une fonction sacrée, commémorative, didactique ou symbolique. C’est un moyen envisagé par la communauté pour démocratiser l’art.
Au Québec la loi du 1% a été adoptée en 1961. Inspirée par la France qui a légiféré en la matière depuis les années 1950 en autorisant 1% des crédits à des projets artistiques. Le but était d’abord et avant tout d’embellir l’espace public. Depuis sa création au Québec et jusqu’en 1981, le programme était règlementé par le ministère des Travaux Publics et Approvisionnement. À partir de 1981, un changement s’opère et le programme est pris en charge par le ministère de la Culture et des Communications. L’appellation de la loi du 1% a depuis évolué et se résume (!) désormais à la « politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des sites gouvernementaux et publics ».
Du moment que l’on comprend que choisir des objets parmi d’autres dans le but de les exposer est un geste artistique (du moins depuis Marcel Duchamp et son fameux urinoir). Du moment que l’on comprend qu’avant d’être installée dans l’espace public, l’œuvre a été choisie par un jury formé pour le projet, dans le cadre d’un concours auquel les artistes ont été invité·es à participer, à condition de s’inscrire préalablement à la banque régionale d’artistes professionnel·les.
Du moment que l’on comprend que ce jury, comprenant de quatre à six membres votants, est formé du ou de la propriétaire (ou de quelqu’un le ou la représentant) du bâtiment, de l’architecte maître d’œuvre du projet, d’un·e spécialiste en arts visuels, d’un·e représentant·e du ministère de la Culture et des Communications, d’un·e deuxième spécialiste et, finalement, d’un·e représentant·e de la population usagère on comprend peut-être un peu mieux l’importance de l’adjectif « public ».
Bref, avant de se retrouver dans le public, une œuvre intégrée à l’architecture et à l’environnement a d’abord été commandée par un comité et choisie par un jury. Les fonds utilisés sont publics et sont réinvestis dans la communauté lorsqu’on prend en considération les différents corps de métiers qui travaillent de concert à réaliser l’œuvre que l’on comprend mieux, maintenant, comme publique.
Ce sont vos œuvres, osez les regarder!